CAP assistance juridique : six mois après
Les règles relatives à lassurance de personnes émanent de notre code civil et
également de lois particulières dont la Loi sur les assurances (L.R.Q.c. A-32). Mais,
comment se traduisent ces règles pour un couple pendant la vie commune ou lors de leur
séparation? Nous tenterons dans les prochaines lignes de brosser un portrait général de
la situation.
Les parties impliquées
Afin de bien comprendre un contrat dassurance vie et les obligations ou droits
qui en découlent, il est important de bien cerner le rôle de chaque partie impliquée.
En premier lieu, nous retrouvons le preneur ou le titulaire de la police. Il
sagit du propriétaire de la police. Celui-ci doit être désigné comme tel à la
police, le paiement des primes nimpliquant pas cette nomination. Le preneur ou le
titulaire doit avoir un intérêt susceptible dassurance dans la vie de
lassuré. Il est évident quune personne a un intérêt dans sa propre vie et
sa propre santé. Il en est de même dans la vie et la santé de son conjoint ou de ses
descendants. Il est important de noter que, bien que les conjoints de fait soient reconnus
au même titre que les époux dans plusieurs lois à caractère social, il nen est
pas ainsi dans le code civil du Québec. Néanmoins, les tribunaux ont reconnu
lintérêt dassurance dun conjoint de fait dans la vie de son conjoint.
Comme nous le verrons plus tard, il en sera autrement pour les règles concernant la
révocabilité et linsaisissabilité du contrat dassurance.
En second lieu, nous retrouvons lassuré ou ladhérent (en assurance
collective). Il sagit de la personne dont la vie, la santé, lincapacité
permanente, linvalidité ou la mutilation sont lobjet même du risque accepté
par lassureur. Cest cette personne qui doit se soumettre à un questionnaire
ou à un examen et dont la seule obligation est dy répondre honnêtement. Son
défaut de répondre de façon véridique à lune ou lautre des questions peut
mener à lannulation de la police.
Finalement, il y a le bénéficiaire. Le bénéficiaire est celui qui recevra le
produit dassurance si le risque assuré survient, comme lors du décès, par
exemple. Au moment de sa réclamation, le bénéficiaire pourra se voir opposer toutes les
causes de nullité ou de déchéance qui peuvent être invoquées contre le titulaire ou
lassuré. Il est intéressant de noter quil est possible de nommer un enfant
à naître bénéficiaire sous réserve quil naisse viable.
La désignation et révocation du
conjoint
Les articles du Code civil du Québec et de la Loi sur les assurances sappliquant
à la désignation et révocation des conjoints comme bénéficiaire, sappliquent
également aux contrats de rente émis par un assureur.
Présentement, la désignation dun conjoint est irrévocable à moins de
stipulation contraire. La stipulation doit alors être claire et non équivoque.
Lirrévocabilité implique que la modification de bénéficiaire ne peut être faite
sans le consentement de lépoux concerné. Les conjoints de fait sont, quant à eux,
soumis à la règle générale applicable aux autres bénéficiaires, soit que toute
désignation est révocable à moins de stipulation contraire. Lorsque vient le temps de
déterminer le statut de la désignation dun conjoint, il faut être vigilant si le
contrat est intervenu avant le 20 octobre 1976. En effet, la Loi a été modifiée plus
dune fois avant cette date et, avant de tenir pour acquis quil sagit
dune désignation irrévocable, il est prudent de consulter un avocat ou un
conseiller juridique.
Linsaisissabilité
dune assurance vie au bénéfice dun conjoint
Les droits découlant dun contrat dassurance vie ou dun contrat de
rente émis par un assureur seront insaisissables si le bénéficiaire est le conjoint du
titulaire, quil y ait eu, ou non, stipulation de révocabilité. Il en est ainsi,
par exemple, du droit à lobtention de la valeur de rachat. Conséquemment, dans le
cadre dune faillite, cette règle sera opposable au syndic à moins quil soit
prouvé que la désignation a été faite alors que le failli était déjà insolvable.
Limpact de la rupture sur
la police dassurance vie
Peu importe que la désignation du conjoint soit irrévocable ou non, depuis le 1er
décembre 1982, le divorce rend caduque toute police dassurance vie au bénéfice du
conjoint. La caducité est automatique et est effective dès le prononcé du jugement de
divorce. Il y a néanmoins lieu den informer formellement lassureur en lui
transmettant une copie du jugement afin déviter tout problème subséquent.
Toutefois, si le titulaire est également bénéficiaire sur la vie de son conjoint, le
divorce naura aucun impact. Lintérêt dassurance demeure malgré la
rupture puisque cest au moment de la formation du contrat que lintérêt doit
exister.
Si la rupture est consacrée par une séparation de corps, la désignation du conjoint
à titre de bénéficiaire ne sera révoquée que si le tribunal lordonne. La
caducité ne peut alors être demandée que par le titulaire du contrat et non par les
héritiers.
Il faut être conscient que les dispositions relatives aux assurances ne sont pas
dordre public et que, par conséquent, les époux ont tout le loisir de prévoir
dans le cadre dune convention que les assurances seront maintenues au bénéfice de
lex-époux, malgré le divorce. Cette entente peut survenir avant ou lors du
divorce.
La clause visant le maintien dune assurance vie après le divorce doit être
rédigée soigneusement afin de sassurer de son exécution. Entre autres, à quoi
servirait une clause visant le maintien dune police dassurance vie au
bénéfice dun ex-époux si aucune sanction nest prévue dans
léventualité où lépoux sétant engagé à son maintien en vigueur,
ne paye pas ses primes ? Il faut alors prévoir un mécanisme de récupération auprès de
la succession, communément qualifiée de clause pénale. Un conseiller juridique peut
vous assurer de lefficacité dune telle clause.
Finalement, il est important de savoir quun tribunal ne peut ordonner à une
partie de maintenir ou souscrire, après le divorce, une police dassurance-vie au
bénéfice de son ex-conjoint, et ce, même si cette police vise la garantie de
lobligation alimentaire.
Conclusion
Le divorce a clairement un impact sur les droits dun conjoint découlant
dune police dassurance vie. Toutefois, des ententes pourront permettre de
sassurer une protection pour le futur lors de la rupture, doù
limportance dêtre vigilant lors des négociations entourant les procédures
visant à mettre un terme au lien matrimonial. Pour sassurer que nos droits sont
protégés, il est toujours important dobtenir les conseils dun professionnel.
Me Claudia P. Prémont
Source : Pensez-y bien !, vol. 3,
numéro 4, septembre 1999
© La Capitale groupe financier inc.
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